Mort du dollar, Mort du rêve d'un monde
capitaliste?
Les chahuts actuels des marchés financiers sont par leur ampleur et par leur violence comparables à la période qui a précédé la chute du système communiste, comme si le monde
voulait se débarrasser des grandes illusions du XXème siècle.
Il est peut-être temps de ré-explorer l'échec du bloc communiste pour comprendre pourquoi cela n'a pas marché et voir les enseignements que nous pourrions en tirer, nous, pour
cette crise qui ne cesse de s'amplifier.
A leur actif: une société où tout le monde avait un toit, où tout le monde mangeait, où tout le monde, sans exception savait lire écrire et compter, où les obscurantismes religieux avaient été muselés (libérés par la suite par le soutien des USA aux talibans et à Ben
Laden par exemple au moment de la guerre d'Afghanistan), où la culture était un élément majeur de statut social (forcément, il n'y avait pas d'argent comme échelle de valeurs permettant de définir un statut social), une vraie
réussite scientifique.
A leur passif, un aveuglement extrême sur leur
propre réussite, générant une défiance et une démoralisation de leurs peuples et de leurs élites devant l'écart constaté entre la réalité et le discours, une réussite économique faible, une restriction majeure des libertés individuelles, une vraie violence intrinsèque à
la dictature, ayant conduit dans les années 30 et 40 à des massacres effroyables. Ces derniers points ayant été générés par une dérive autoritaire d'une utopie à l'origine généreuse et porteuse.
5 raisons majeures ont mis fin aux systèmes se revendiquant de cette idéologie:
- crise financière : la course aux armements a mis à genoux le bloc, la dette a enflé, ils se sont retrouvés en faillite. D'où chute de leur monnaie (avec la fameuse blague sur la différence entre un rouble et un dollar.Réponse:… un dollar) les ayant conduit à l'exclusion des systèmes de commerce internationaux.
- crise sociale: les images diffusées en boucle des vacances à la mer, des biens de consommation dans des territoires où le gris dominait et où les produits même de
consommation courante étaient absents et les queues longues) ont poussé la masse
à adhérer au système concurrent. Cela beaucoup plus qu'une restriction de liberté de mouvement (très variable de pays à pays en fait) ou d'expression qui a surtout concerné les élites intellectuelles.
- crise environnementale : l'ultra spécialisation des territoires, voulue par Staline pour bloquer leur retour à une autonomie ou une indépendance, a dégradé
terriblement l'équilibre écologique. Tchernobyl a été la goutte d'eau ultime.
- Auto-reproduction des élites: l'adhésion au pc étant un passage obligé de réussite sociale, les enfants des dirigeants en place se sont retrouvés ultra favorisés, contribuant peu à peu à une dégénérescence des élites
- Ultra domination des conglomérats : la puissance et la lourdeur des conglomérats a
tué toute tentative de réussite de l'initiative individuelle pourtant réhabilitée assez tôt. Leur taille a généré ce que nous connaissons : corruption, inefficacité, oligopole dominant sourd à toute critique.
Quelle est notre situation en Occident capitaliste en 2008 ?
- Crise financière: elle est plus que majeure, l'état de faillite de nos Etats ayant conduit à l'ouverture massive des robinets à liquidité et par conséquence à la situation actuelle d'hyperinflation des actifs, la monnaie de référence a perdu la moitié de sa valeur en 6 ans et va se retrouver dans les mois à venir comme monnaie de seconde zone,
- Crise sociale : sans même parler des images
de la gare du nord en 2007, le sentiment de la masse des populations d'être
laissés pour compte par les puissants de ce monde génère une instabilité sociale
majeure. La désignation de boucs émissaires (jeunes, pauvres, immigrés, contestataires, etc... ) couplée à la totale indulgence sur les pratiques des riches conduit irrémédiablement à une crise sans précédent. Quand les USA mette 1% de ses citoyens sous les barreaux, (ce taux montant à 10% sur les jeunes adultes noirs…), la déchirure sociale est évidente et rappelle, en termes de refus d'une classe de
population entière, d'autres violences systémiques appartenant aux régimes les
plus durs. Et ce, sans parler de la crise alimentaire qui émerge. Cette
déchirure est porteuse de troubles sociaux majeurs et violents.
- Crise écologique: Inutile de revenir sur
la problématique du réchauffement. En revanche, la dégradation de l'environnement ne se limite pas à ce phénomène. L'ultra spécialisation des
territoires (Chine= production de masse, Afrique = matières premières, Inde = cerveaux) provoque des dommages considérables sur site (voir Amazonie, Nigeria, Côte d'Ivoire, la région de Canton, c'est impressionnant... ) mais aussi, par absence de contrôle des process de production sur les biens que nous consommons (la montée des cancers du sein s'expliquerait entre autres par le recours à des colorants cancérogènes utilisés sans vergogne dans les pays de production)
- Autoreproduction des élites: L'accès déjà
difficile aux études supérieures pour les personnes issues de milieux défavorisés sera impossible dans un système à l'américaine avec des droits d'entrée universitaire couplé à une politique très restrictive d'obtention de
visas pour les élèves les plus doués du monde. Cette posture nombriliste génère
des aveuglements dont nous avons pu voir les effets (crise du CPE par exemple) et constitue surtout une erreur stratégique majeure dans un monde où l'actif intellectuel crée la vraie richesse d'un pays (voir la Finlande ou plus proche de nous le prix de location du nom Louvre: 1 milliard d'euros... ). Cette posture
nous met en danger de décrochement majeur en termes de positionnement stratégique.
- Ultra domination des conglomérats: no
comment. La presse se fait suffisamment l'écho des fusions acquisition et les groupes se pensent désormais mondialement. Nombre de secteurs sont dominés par des oligopoles (finance, matières premières, industrie lourde, etc.. ) captant les ressources financières au développement de l'économie. Le capital n'est plus distribué de manière efficace. Le recours au crédit limité tue la possibilité de développer un tissu de PME autres que celle
sous-traitantes des grands groupes, la part du PNB généré par les grands groupes
s'approche désormais de la part du PNB qui était générée par les conglomérats au
temps de l'Union Soviétique.
A noter qu'un renforcement des législations et des contrôles n'y changerait rien: La chute de
ces géants aux pieds d'argile est d'autant plus rendue possible par les contraintes financières de plus en plus lourdes auxquels ils sont soumis, entraînant un surinvestissement dans le contrôle et l'audit au détriment de la
créativité de l'innovation et de la réactivité. Et créant, comme toujours dans des systèmes aux règles trop figées, des poches de chaos, la plus illustre et récente étant l'affaire Société Générale.
- Mêmes causes, mêmes effets?
Avec un contexte de guerre économique accentuée, cette
fois-ci entre pays dits «émergents» et pétroliers et bloc américain. Ce que l'on peut dire en tout cas, c'est que la guerre Bush / Ben Laden aura finalement été remporté par ce dernier : la paranoïa américaine a fait exploser les
dépenses en matière militaire (15% du PIB américain prévu en 2008…) à un niveau jamais
égalé lors de la guerre froide. Ce surinvestissement non productif a conduit les
us à leur perte, ceux-ci étant devenus incapables de refinancer la totalité de
leurs besoins propres à partir du moment où l'émission fiduciaire n'est plus absorbé par le reste de la planète qui ne reconnaît plus de valeur au papier sur lequel est inscrit le sigle dollar.
Quel avenir?
Historiquement, des crises de cette ampleur conduisent dans la douleur à des mutations sociétales, ou à des guerres.
Trois scénarios sont
dès lors possibles :
o Désagrégation des sociétés dites
contemporaines: Montée des régionalismes, tentatives de sécession (Californie? ), troubles sociaux et violence, contre-réactions probables soit sur la base de milices privées, soit dans le cadre d'un conflit à géographie plus large, montée des nationalismes et des communautarismes, émergence de
régimes crypto-fascistes dont l'action serait basée sur l'utilisation massive de techniques de surveillance et de répression. Les USA ont pris cette voie. (1% de la population incarcérée, plus de 10% des jeunes adultes noirs…). C'est la voie que nous empruntons actuellement avec la terrifiante perspective d'une Amérique à genoux utilisant ses ressources militaires pour éviter l'effondrement.
o Rachat pur et simple des sociétés
occidentales par les fonds issus des fournisseurs de matières premières et mise sous tutelle, à l'instar des destins de la Chine ou de l'Allemagne au début du 20ème siècle, en cours,
o New Deal: Si Roosevelt a pu après 1929
surfer sur la vague de la croissance industrielle, nos sociétés n'ont que peu de nouveaux secteurs sur lesquels investir massivement pour générer de la croissance. La seule option à cet égard est la mise sur pied d'un programme
colossal d'investissements dans les énergies renouvelables et d'une manière plus
générale dans le socialement responsable. Le recours massif à la création de
nouvelles structures est incontournable, les grands groupes et plus encore les
Etats ayant largement démontré leur incapacité à générer de manière rapide de
nouvelles activités.
- Dans ce cadre, si
l'euro reste un de nos meilleurs remparts, il y a néanmoins urgence à repenser
notre système :
-
o En privilégiant les
revenus au détriment de la valeur des actifs (matériels et immatériels), permettant ainsi aux nouvelles entreprises de disposer d'actifs à meilleur compte et aux ménages de consacrer une partie plus importante de leurs revenus à
la consommation réelle.
o En imposant aux acteurs
financiers de consacrer une partie de leur bénéfice (20%? ) à accompagner le
financement de l'entrepreneuriat et la création de nouvelles activités. A cet
égard, le recul enregistré sur l'investissement de l'ISFdans les PME, confiant
à des intermédiaires bien installés le soin de distribuer cette manne sans
risque dans des PME de taille déjà respectable, est criminel. Outre le fait que
ces sommes auraient enfin pu permettre un financement des jeunes pousses et des
sociétés jeunes en croissance, elles privent ces firmes de l'expérience, des réseaux et du savoir-faire que les contribuables isf auraient pu leur apporter.
o En créant de nouveaux
repères sociaux pour partie déconnectés de la logique financière et monétaire et permettant de diminuer la pression sociale en offrant de nouveaux territoires de réussite et de reconnaissance sociale.
dimanche 26 octobre 2008
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