Un plombier polonais + un vieillard sur un banc + un retard de trop sur Paris Nord = le chat de Schrödinger dans une boîte fermée que personne ne veut ouvrir
Le monde que nous avons connu est en train de s’écrouler : l’organisation du travail telle que nous l’avons vécue disparaît, la crédibilité des systèmes de représentation démocratique s’effrite, la valeur ajoutée de production s’estompe.
Face à ces changements, nous restons autistes, comme Schrödinger face au chat dans sa boîte, ni mort ni vivant : ouvrir la boîte et constater que le chat est mort est un exercice auquel ne sont prêts aucune des élites et des représentants qui y ont trop à perdre. Alors, pour ne pas soulever la boîte pour savoir comment va le chat, la planification, le contrôle et la violence systémique basés sur l’entretien d’une peur diffuse et insaisissable auxquels se surajoute l’aversion totale au risque et donc à l’investissement, sont les outils pour éloigner toute intelligence prête à affronter le regard du chat. . Un jour proche, le refus d’ouvrir la boîte et l’exaspération face à l’autisme fera exploser la boîte. Comment nous y préparer ?
Le plombier polonais :
10% de la population active produit, soit environ 3% du total de la population. Le reste réfléchit, planifie, contrôle, glande. Valeur Ajoutée ? Sens de la Vie ?
70% des emplois proposés sont des postes de commerciaux, 5% de recherche, alors même que 30% des emplois souhaités sont des postes de recherche.
Il n’y a plus de travail pour tout le monde : en France, la mise en place des 35h (soit 10% de baisse du temps théorique travaillé) n’a produit aucun impact perceptible sur le PNB.
A partir d’une certaine taille, le travail en entreprise est largement constitué de négociations internes avec les fournisseurs et partenaires uniques internes, principalement sous forme de réunions sans productivité.
Une carrière débute à 30 ans après quatre stages non rémunérés, deux CDD de douze mois, un CNE et une embauche avec 6 mois de période d’essai, renouvelable et renouvelée. Le tout agrémenté de périodes de chômage. Les jeunes qui sont passés par là ont une relation à l’entreprise et au travail définitivement transformée par rapport à ce qui existait 20 ans auparavant : uniquement contractuelle, temporaire et mercenaire.
Une carrière finit à 45 ans. L’obsession des DRH actuelle est d’arriver à sortir le maximum de seniors (est-on senior à 45 ans ?). Ils coûtent trop chers et sont moins malléables. Ils coûtent chers à former et n’ont pas de connaissance innée des nouvelles technologies de recherche et de traitement de l’information.
La responsabilité est diluée, jamais affectée. Un patron de filiale France d’une multinationale, même réalisant plusieurs milliards d’euros de CA passera plus de la moitié de son temps en reporting et en explication auprès de ses actionnaires. En espérant toucher le gros chèque avant l’infarctus et que son ulcère ne dégénère en cancer.
Le temps passé et l’énergie dissipée dans le planning et le contrôle ont progressivement réduit le temps de la réalisation. Dans le secteur du bâtiment, l’argent investi va plus en plus au processus d’appels d’offre, de préparation de l’appel d’offres, de décision sur l’appels d’offres, de contrôle, de renégociation des prix. Si ce processus permet apparemment de réduire les coûts des intervenants extérieurs, il élève fortement ceux internes des donneurs d’ordre et allonge de manière considérable la durée de décision au détriment de la durée de réalisation. Par ailleurs, ce process se réalise au détriment de salaires élevés pour une main d’œuvre qui se raréfie et se déqualifie et de profit pour les entreprises, du coup fragiles et accentuant les conditions de précarité : 1ère conséquence, une variabilisation des charges de personnel empêchant une vraie croissance d’un savoir-faire et une désertion de ces secteurs par les candidats, engendrant des tensions dues au manque de personnel.
Alors, on fait appel au plombier polonais, qui lui sait encore travailler et possède un vrai savoir-faire artisanal.
Un retard de trop sur la ligne Paris Nord :
Durant la semaine du 17 octobre, un millier d’employés des classes moyennes, exaspérés par un énième retard Gare du Nord à Paris se sont affrontés en bataille rangée avec les forces de l’ordre.
La théorie de J.G. Ballard que la prochaine révolution sera déclenchée par la classe moyenne après une exaspération née d’une énième augmentation des prix des parcmètres semble valide. Cette assertion est d’autant plus valide que la capacité à donner un sens à son existence, dans un monde où Dieu est mort et où les pouvoirs sont d’abord orientés vers la satisfaction de leur besoins personnels, est devenu difficile, conduisant une large part de ces mêmes classes moyennes qui ne voit plus un avenir plus rose pour leurs enfants que pour eux, à une désespérance/une tentation probablement nihiliste (tout recommencer après avoir tout détruit ?)
Ne rien faire est plus profitable à titre personnel que tenter de changer les choses mais génère ennui et désespoir.
La consommation de tranquillisants n’arrête pas de croître.
Cette tendance n’est contrecarrée que par le confort et la télévision. L’empire romain en est mort.
Cette exaspération est en particulier alimentée par
Le vieillard sur le banc :
Dans ce monde qui privilégie capital sur travail, continuation sur construction, le responsable principal est le vieux :
Il est à la tête du patrimoine, nourri, soigné et protégé par les systèmes sociaux qui prélèvent sur le fruit du travail.
Il est derrière tous les actionnariats : directs, ou par le système des fonds de pension, ses opinions, ses peurs, ses exigences de rentabilité immédiates et non à terme conditionnent les choix économiques et sociaux.
Il conditionne les réactions des systèmes de représentation ; entre 50% et 80% des votants aux élections syndicales sont retraités, plus de 50% des votants aux élections politiques sont retraités, le poids de leur vote conditionne toute politique économique.
Le vieux ne veut pas voir le monde changer : assis sur le banc de sa fin de vie, il est assailli de peurs : de la mort, de l’insécurité, du manque de, des outils nouveaux. Il voyage de plus en plus mais entre soi, il participe à la société de consommation, mais de plus en plus égoïstement, les transferts entre générations devenant faibles à mesure que la mort approche.
Nous avons actionné un mécanisme de destruction, dont nous refusons de voir les effets.
Mais, que le chat soit mort ou vivant, soulever la boîte devient une urgence vitale si l’on veut faire de la suite autre chose qu’un cortège de peurs et de contrôle.
Nos enfants :
Nos enfants sont ceux qui acceptent le plus mal cette peur du vide, ce sont eux pour qui demain est la seule réalité acceptable.
Nos enfants ne supporte pas la hiérarchie, n’accepte des ordres que de la part de personnes plus compétentes qu’eux. Temporairement.
Nos enfants ont appris avec Internet à disposer de toute l’information disponible, à la traiter, à la partager.
Nos enfants savent travailler en réseau, constitué pour le sujet du moment, dissous après la réalisation de l’objectif.
Nos enfants ne sont pas miscibles avec une société dont le fonctionnement de base est la hiérarchie.
Nos enfants sont meilleurs que nous, inversion d’un rythme séculaire où le jeune apprend désormais au moins jeune.
Nos richesses :
Nous sommes encore un pays riche, d’argent, d’intelligence, de culture, de paysages, de formation, de technologie. L’argent n’est donc pas le problème, bien plus le carburant. Réapprendre à connaître nos forces est au moins aussi important que faire face à nos faiblesses.
Il nous faut donc, d’abord, ouvrir la boîte et regarder le chat.
Refuser de le faire, empêcher que d’autres le fassent conduit immanquablement à la mise en place de plus en plus rapide d’un monde de contrôle absolu, (dictature), seule voie plébiscitée pour faire face à la peur diffuse. Ce contrôle conduit de plus à un état écologique proche du désastre. Ce contrôle nécessite l’usage de plus en plus commun des outils de la peur diffuse et généralisée de risques hypothétiques. Cette aversion au risque, outre qu’elle conduit à interner ou écarter tout esprit de transformation, conduit à la négation même de l’idée d’investissement et donc de progrès.
La fin du travail :
Ensuite, prendre conscience que le travail salarié et l’organisation hiérarchique et pyramidale basée sur la soumission à l’autorité et non à la compétence est un concept qui n’a plus de futur. Qui dit salarié dit sécurité : celle-ci a disparu. Qui dit salarié dit hiérarchie et soumission : les générations qui viennent ignoreront de plus en plus ces termes.
Devenir entrepreneur de sa propre existence
Former à l’entrepreneuriat tous et toutes: la peur (de faire, de voir, d’avancer) est la base de cette paralysie. Une formation basée sur les principes de pédagogie active (ou comment apprendre en faisant et en étant coaché par des professionnels des domaines étudiés et non plus des professeurs de droit divin détachés du quotidien.
Privilégier le « faire » et le « penser » sur le « prévoir » et le « contrôler »
Recréer des organismes de financement de l’investissement :
Cette aversion au risque, décrite ci-dessus, a conduit à la disparition progressive des banques comme acteurs/soutiens de l’investissement : prétextant un risque trop élevé au regard de la rentabilité (ce qui fut vrai de 1992 à … 1993), la prise de garanties personnelles, le refus de financement de tout projet immatériel, la mise en place de systèmes d’analyses de plus en plus sophistiqués mais étouffants par la densité des informations requises et le temps d’apprentissage du langage bancaire exclut de fait tout financement d’activités non basé sur des actifs négociables.
Ce qui en soi ne saurait être dramatique si la suppression de toute insertion de concurrence a été interdit par des règlements totalement dérogatoires au principe du marché capitaliste. Vouloir créer une institution bancaire aujourd’hui n’est possible qu’à condition d’être filiale à 51% d’un établissement déjà établi.
L’oligopole fonctionnant parfaitement, le financement de nouvelles activités est désormais totalement entre les mains des fonds d’investissement, qui pour performants qu’ils soient, ne peuvent au regard de leur modèle économique accompagner des projets de petite taille (inférieurs en général à 3 à 5 millions d’euros de valeur d’entreprise). Quelle activité débutante peut prétendre à ces montants hors secteurs de la Biotech et de l’internet ???
Au vu des avantages dérogatoires dont bénéficie le secteur bancaire bénéficie aujourd’hui non seulement d’avantages dérogatoires au droit de la concurrence mais aussi d’avantages de rendement basés sur une fiscalité en particulier des placements organisée pour nourrir les établissements de distribution de produits financiers. La Nation et le la mise en place de niches fiscales destinées à nourrir les réseaux et les salles de marché bancaires ne peuvent se justifier que si le rôle d’accompagnement de l’activité économique par les banques est remis à l’honneur.
Les nouveaux outils comptables permettent une affectation des fonds propres par activité et un mesure de la rentabilité de ceux-ci : un minimum (par exemple de 5%) d’utilisation de ces fonds propres dans le domaine de la petite entreprise apparaît comme une voie indispensable pour susciter et accompagner le développement d’activités nouvelles, voie qui à terme pourrait permettre l’émergence d’activités créatrices.
Dans le cas contraire, le maintien de ces avantages exorbitants (combien d’industries peuvent se prévaloir d’une rentabilité net après impôts sur chiffre d’affaires supérieure durablement à 25%) ne saurait être poursuivi. En particulier, la libéralisation de la création de banques par tout acteur sera obligatoire.
Renouer avec le politique :
Dans un monde d’initiatives individuelles, agrégées temporairement en réseaux et orientées projets, le corpus de règles applicables à tous prend une importance centrale. Retrouver une volonté politique basée sur l’avenir et non le passé, écarter enfin les lobbys consommateurs égoïstes de moyens communs, refaire adhérer les forces vives sont un réel défi tant le désenchantement est fort. Une voie possible est probablement l’obligation du mandat unique, renouvelable une fois seulement, de telle manière que l’intelligence et l’énergie soient dédiées de manière temporaire mais complètes à son mandat. La réduction du nombre d’entités politiques pourrait permettre aussi le financement d’une vraie rémunération à même d’attirer les talents.